Retour sur la cérémonie du 8 mai 1945

Discours de M. Le Maire

Chères concitoyennes, chers concitoyens

Nous sommes rassemblés aujourd’hui autour du monument aux morts pour célébrer un jour très particulier à savoir le 80ème anniversaire de la paix signée le 8 mai 1945. Cette date est un moment clé de l’histoire du vingtième siècle puisqu’elle signait la victoire des alliés et des forces de résistance sur l’idéologie et la barbarie nazie. Cette victoire, après des années de combats meurtriers, annonçait pour ceux qui en avaient été les acteurs et qui avaient, pour nombre d’entre eux, accepté le sacrifice de leur vie, une perspective de jours meilleurs qui verraient la démocratie triompher et les peuples cohabiter pacifiquement dans leur diversité, en réglant leurs différends autrement que par les armes.

La construction de l’Europe a été le fruit de ce rêve. Elle a éloigné pour des décennies le bruit des armes de notre pays et des pays voisins. Il y avait certes des conflits, mais ils semblaient lointains, réservés à des pays dans lesquels le peuple était muselé ou soumis à des fanatismes idéologiques ou religieux d’un autre temps. Beaucoup d’entre nous pensions que ce modèle des démocraties occidentales allait devenir la règle commune en gagnant progressivement les pays qui n’y étaient pas encore prêts.

Qu’en est-il 80 ans après ?

80 ans ! Cela représente quasiment la durée d’une vie humaine, c’est dire que les derniers rescapés des camps de la mort, dont certains ont témoigné inlassablement des horreurs vécues, nous quittent un à un. Cette disparition progressive des derniers témoins va de pair avec une remise en cause de plus en plus criante de l’ordre international et des principes moraux issus de la paix du 8 mai 1945, remise en cause qu’il nous faut regarder en face.

Le devoir de mémoire, d’autant plus nécessaire, s’inscrit dans ce contexte aujourd’hui anxiogène, du fait d’un monde où les guerres semblent fasciner des puissances mondiales qui en font l’outil privilégié pour résoudre leurs conflits, foulant aux pieds les règles les plus élémentaires en matière de démocratie et de protection des populations civiles. On observe ainsi, hélas, que certains états qui fêteront demain 9 mai leur victoire sur le nazisme en reproduisent aujourd’hui la cruauté guerrière. Le drapeau ukrainien a flotté pendant 3 ans au fronton de la mairie. Hélas combien de drapeaux faudrait-il faire flotter aujourd’hui en solidarité avec des peuples soumis aux conditions inhumaines résultant de conflits qui les dépassent ? Faut-il parler de la Palestine, du Liban, du Yémen, du Soudan, des nombreux pays africains, de l’Inde et du Pakistan eux aussi sur le sentier de la guerre ? Faut-il parler en plus de la Russie et de l’Ukraine, de la Chine qui lorgne de façon de plus en plus insistante sur Taïwan, des USA qui parlent d’annexer le Groenland, voire le Canada ? De plus, les guerres sont désormais multiformes : au fracas des armes s’ajoutent la guerre informatique, la guerre économique, la désinformation et les manipulations de toutes sortes. Les guerres de l’eau liées au réchauffement climatiques sont aussi émergentes. Le pendant de ces guerres, ce sont des flots de migrants qui cherchent des havres de paix de plus en plus restreints et de moins en moins en capacité de les accueillir de façon sereine.

Devant cette situation où les alliés d’hier se concentrent sur leurs intérêts particuliers, foulant aux pieds ce qu’ils ont participé à construire, l’Europe semble encore un rempart même si celui-ci commence à se fragiliser dangereusement. Les valeurs démocratiques y sont toujours majoritaires, mais les nuages à l’horizon se font plus menaçants. Aurons-nous collectivement la force et le courage de revendiquer ces valeurs, et prendrons-nous les moyens nécessaire pour les faire exister en affirmant haut et fort notre volonté commune de les défendre ? Saurons-nous créer entre pays et entre peuples les solidarités nécessaires axées sur le respect de la personne humaine quel que soit son rang et sa condition, afin de donner à tous l’envie d’y adhérer ?

En ce jour de commémoration de la paix du 8 mai 1945 et d’hommage aux combattants ou déportés qui ont sacrifié leur vie pour l’idéal d’un monde meilleur, qu’il me soit permis de manifester une reconnaissance particulière à l’esprit de résistance qui les a habités tout au long de leur combat.

L’esprit de résistance c’est se dire que même quand une cause semble perdue, comme ce fut le cas au début des années 1940, quand les vents sont contraires, quand la victoire semble lointaine, le pire serait de se résigner. Face aux enjeux de survie de l’humanité, le choix du chacun pour soi et de la haine entre les peuples et entre les hommes est suicidaire, et notre premier devoir de résistance est de dire non à ceux qui au nom d’un appétit de puissance territoriale ou idéologique essaient de nous convaincre du contraire. C’est aussi cela que nous enseigne la paix du 8 mai et c’est une belle façon de dire merci à ceux qui ont donné leur vie ou leur jeunesse pour que survienne cette paix.

Je vous remercie

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